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Psychopathologie de la vie quotidienne dans le monde des arts Texte d Élisabeth Lebovici, extrait du catalogue Samaran2, éditions MonografikCétait avant 2001 lannée, où le
monde bascula, sinon dans un nouveau millénaire, du moins dans
des réalités que les angoisses millénaristes navaient
pu prédire, celles des apocalypses guerrières et des bouffées
délirantes religieuses, celles de la mondialisation, Les Twin Towers étaient debout et indiquaient le sud-ouest de Manhattan, laxe du Bien et du Mal nexistait pas, lAfghanistan, le mollah Omar et Oussama Ben Laden nintéressaient pas grand monde, ni lIrak. Malgré le livre de Michel Houellebecq, la Thaïlande restait une destination touristico-sexuelle. Litération du mot «terrorisme» ne terrorisait pas. Lélection présidentielle de 2002 navait pas encore eu lieu. Chirac navait pas été élu avec 82?% des voix. Sarkozy navait pas encore dit «Racaille», ni parlé de nettoyer la banlieue au «Kärcher». Leuro nétait pas en circulation. La Constitution européenne, qui nétait pas écrite, navait pas fait lobjet dun référendum. Le monde de la culture discutait encore des industries culturelles. Le protocole dindemnisation concernant les annexes VIII et X de lUnedic navait pas été remis en cause et les intermittents du spectacle navaient pas fait grève lors du Festival dAvignon. Le sida fusillait lAfrique, notamment celle du Sud. Les pays riches polémiquaient sur le bareback, la relapse, les backrooms. Le Special K était la drogue à la mode dans les parties et la «French Touch», en matière de musique électronique, commençait à tomber. Patrice Leconte faisait, depuis le Festival de Cannes, un caca nerveux contre les critiques de cinéma, trop critiques, justement. La téléréalité, qui avait débuté avec la première guerre du Golfe, navait pas encore envahi les chaînes de télévision. Ces formes télévisuelles, appelant une expérience «de téléspectateur à téléspectateur» navaient pas encore pour effet de «massifier les comportements individualistes», comme il est dusage aujourdhui dans les entreprises, mettant lindividu et ses efforts pour «se réaliser» ?pour devenir «un people» (sic?!)? au centre de leur système. Berlusconi nétait pas au pouvoir, attirant les voix délecteurs séduits par les ficelles les plus vulgaires de la propagande et les manifestations les plus grossières de largent. La bulle Internet et les Start-up, la nouvelle économie boursière ne sétaient pas encore effondrées pour repartir. Le logiciel libre, «libre comme la libre parole, non comme une bière gratuite», posait les conditions de possibilité dune net-culture, avec lidée «que le code, cest-à-dire le texte, puisse non seulement être librement copié mais même modifié, volontairement recyclé et commercialement redistribué par nimporte qui et sans autorisation de lauteur»1. Il promettait alors la révision des notions de citation, de plagiat ou dauteur. Lessor incommensurable de la blogosphère et le fourmillement des formes de communication sur Internet navaient pas encore diffusé des millions dinformations invérifiables. Google nétait pas le plus grand moteur de recherche du monde, avec une banque dun milliard dimages, affichant en une fraction de seconde des centaines de pages en 35 langues. On nentendait personne «googler». Le téléchargement de la musique et du cinéma par P2P (peer-to-peer) ne représentait pas 60?% du trafic sur lADSL (80?% la nuit). Ce bref et partial rappel de lAncien monde davant lan 2001 permet de resituer imparfaitement le contexte contemporain de laffaire des cartons piégés. Entre 1998 et 1999, en effet, circulent dans le petit milieu de lart français, de vrais cartons dinvitation à de fausses expositions, pourtant attribuées à de véritables artistes dans de vénérables galeries ou institutions ?vrais cartons, fausses informations, véritables noms vous suivez?? , qui causent larticle que jai écrit ainsi que linterview publiée dans Libération. Lensemble est ici reproduit en note. Quest-ce quun carton dinvitation dans le monde de lart?? Une dérivation du faire-part, du «bristol» adapté aux événements qui ponctuent la vie artistique, cest-à-dire le plus souvent, aux expositions, mais également aux séances, projections, performances, lectures, débats, inaugurations qui rythment une actualité supposément trépidante. Il est le vecteur majeur de la communication. Généralement, il articule recto/verso une image et un texte, contenant au minimum les noms dartistes, ceux des puissances invitantes, les lieux et temps dexposition, la date du vernissage, décline également les logos des financeurs, porte quelquefois la légende et le crédit photo-graphique et, en tout cas, la marque de fabrique de limprimeur. Parfois aussi, une partie du carton est réservée à linscription du nom et de ladresse du récipiendaire, ainsi quau timbre et au cachet de la poste. Voilà, grosso modo. La mise en forme, variable, peut suivre la charte graphique de linstitution productrice ou, au contraire, développer son écriture propre. De nos jours, il se communique facilement sur Internet. Mais il reste également lun des seuls artefacts imprimés en circulation et sa nécessité na jamais semblé aussi forte, en dépit du courrier électronique, puisquil ne semble guère quon rogne sur son budget : le poste «cartons» fait ainsi partie de léconomie dune exposition et, plus largement, de la culture visuelle. Le carton senvoie et se reçoit, il se compose et se lit, il se jette ou se conserve, il se collec-tionne aussi. Il est une annonce. Il est aussi un document, déclinant les identités autour desquelles tourne la planète de lart. De ces cartons en particulier, publiés également dans les pages de ce livre, on ne fera pas la description. Elle est dailleurs esquissée dans larticle en question, ainsi que les effets produits ou du moins attendus de leur fabrication : un pouvoir critique dabord. Brouillant les cartes ou mélangeant les pièces par leurs annonces erratiques, ces cartons dinvitation révèlent un jeu de lart au fonction-nement encore plus rigide quil ny paraît. Les dissonnances quils formulent en associant tel artiste, telle galerie, telle institution, dévoilent en fait le juste jeu des accointances, tel quil se pratique dans le «milieu». Cest à une sorte de «psychopathologie de la vie artistique française» quintroduit, ainsi, la dizaine de cartons imprimés entre 1998 et 1999. Comme tous les incidents de la vie quotidienne, ces cartons, comiques et méchants, ne tuent pas. Dailleurs les personnes (Vincent Corpet, Orlan, Emmanuel Perrotin, Hans Haacke, Laurent Garnier ) et les institutions (Galerie nationale du Jeu de Paume, galerie Chantal Crousel, Artpress, galerie Daniel Templon ) mention-nées sont toujours vivantes, présentes et parfois florissantes : elles ont probablement moins changé que le monde depuis 2001, ce qui montre une certaine pérennité dans un milieu de lart connu pourtant pour avoir loubli facile. Larticle de Libération narrive pas le premier. Il nest pas le seul. En termes despace, il est pourtant lun des plus visibles. Surtout, lentretien qui laccompagne légitime cette visibilité, autorise la publication en ouvrant lespace dune intrigue, dune histoire. Avec son titre, «laffaire des cartons piégés» est rendue publique, gagne un peu plus de réalité. Médiatisée, la circulation des cartons devient ainsi «une affaire». Non seulement larticle de presse témoigne de lexistence de faux cartons dinvitation circulant dans le milieu de lart, mais lentretien avec leurs auteurs supposés en concrétise le mystère. Linformation dévoile la machination, non lénigme de sa fabrication. Elle en assure ainsi juste la monstration ?en dautres termes : lexposition. Ce terme nest pas anodin : lexposition, à la fin du XXe siècle, est autant affaire de communication que de présentation, dans un monde entière-ment soumis à lemblématique postindustrielle ?na-t-on pas vu des Biennales sans uvres, composées de listes dartistes virtuelles consignées dans la presse spécialisée, senregistrer, au titre darchive, dans lhistoire de lart?? Il aura donc fallu, pour quils fassent lobjet dun reportage, que ces cartons eussent fait quelque bruit dans le landernau de lart en France. À partir de quel moment ont-ils été repérés?? Le premier envoi a-t-il fait mouche?? Le deuxième a-t-il relancé le premier?? Le troisième a-t-il fait naître de lintérêt pour les précédents?? Dans la masse dinformations reçues quotidiennement lorsquon sintéresse quelque peu à lart contemporain, comment distinguer des cartons dont la condition consiste à se fondre dans la masse et la spécificité, à «doubler» ceux que les institutions (galeries, musées, etc.) diffusent pour assurer leur communication?? Pour que «laffaire des cartons piégés» fonctionne, il a fallu que leur succession soit perceptible, que leur enchaînement parvienne à faire comprendre quil ne sagissait point dun hasard malheureux dans limpression de cartons erronés, bref quune fiction fût née afin dêtre narrée. La machinerie fictionnelle doit également marcher sans auteur visible ni authentifiable. Pour rester plausibles, les cartons ne peuvent évidemment pas être revendiqués. De plus, les envois, adressées à un «fichier» de gens gravitant dans le monde de lart, sont postés de façon anonyme. Il paraît que certaines institutions ou personnes, un peu plus curieuses ou plus énervées que dautres, ont essayé de soudoyer les imprimeurs connus sur la place, pour quils révèlent lidentité des émissaires ?en vain. Construire une fiction par des envois postaux, cétait déjà
lidée dun artiste comme On Kawara, par exemple. Lartiste
conceptuel avait entretenu une correspondance à sens unique avec
des person-nalités du monde de lart. À partir de 1970,
On Kawara commençait denvoyer des télégrammes
(alors le médium de la communication urgente) à des amis,
des collègues et des professionnels, portant systéma-tiquement
une date et le même message : «I am still alive». Je
suis vivant : le minimum syndical de lenvoi postal, généralement
plus enrobé, mais qui se résume souvent à ce message
basique. Les télégrammes dOn Kawara admettaient quelques
variations quant au support (qui pouvait être aussi la carte postale)
ou au texte?; ainsi dans lexposition 18 Paris IV 1970, il y avait
eu cette succession de trois télégrammes : «I am not
going to commit suicide ?dont worry» (5 décembre
1969)?; Si la formule «je suis vivant» supposait que son auteur fût en vie au moment où il sen faisait lémetteur auprès de ses destinataires, elle ne validait pas le fait quil le restât au moment où ses récipiendaires lisaient son envoi : la formulation dOn Kawara, «je suis toujours vivant», souligne ainsi léquivoque, tout en soulevant le voile de la fiction. Comme le rappelait lhistorien dart Louis Marin en dautres temps, il nest pas possible de dire à la première personne du singulier «je suis mort», ni dailleurs, «je dors». La conscience est condition nécessaire à la locution Sauf sil sagit dun personnage qui parle et dune autre réalité, qui est celle du texte ou de lart. Dans le cas dOn Kawara, les télégrammes avaient beau être adressés à une personne en propre, vivante, ils se sont insérés, lun après lautre, dans un ensemble de messages passés ou à venir, cest-à-dire dans le corps dune uvre. Avec «laffaire des cartons», une fiction sest également construite par envois (le cachet de la poste faisant foi). Non par lettres ou télé-grammes : le récit sest nourri, ici, dun trafic. Au double sens du terme, de la circulation et du bizness parallèle un peu louche. Le piège, sil a existé, contenu dans les cartons dinvitation, a consisté à produire, fragment après fragment, une histoire parallèle, comme une histoire de lart munie dun programme légèrement altéré, un peu à la façon des récits de Philip K. Dick. Tout est normal, rien nest normal : cest normal, lorsquon part dune fiction pour sinscrire réellement dans la réalité. Jusquà aujourdhui, cette fiction na été assignée à personne, autant dire à Ulysse, lorsque dans lOdyssée dHomère, il se présente sous le nom d«outis» («personne») au cyclope Polyphème avant de lattaquer. Ce quon a su, simplement, cest quil sagissait dune personne collective. En effet, à lissue dune campagne de dix envois, alors quétait publiée une affiche les récapitulant, en solidarité, est apparue cette revendication de paternité, publiée par voie dinterview dans le journal. Annonçant un collectif assez vague, une structure composée de gens «appartenant au monde de lart, dautres à celui de lédition ou de la communication», elle a maintenu cachée lidentité des auteurs. À lépoque, cela na pas été sans poser quelque difficulté pour la journaliste que jétais. La communication avec les opérateurs, qui tenaient absolument à rester sans visage, sest faite, grâce à un journaliste de ma rédaction, par voie dun rendez-vous téléphonique. Me mettant dans lincapacité de recouper les sources, le secret des identités donnait à laffaire un tournant de roman noir. Lanonymat na pas posé problème quà la journaliste. Bien sûr, lensemble des récipiendaires a dû travailler du chapeau. Notamment les personnes, physiques ou morales, incluses dans la fiction : les artistes, les galeries, les institutions qui se sont vus littéralement exposés, mouillés dans une histoire qui nétait pas la leur. Ceux-là en ont été réduits à publier un «disclaimer», une dénégation, proclamant : «je ne suis pas lauteur de ce carton»?; ou : «nous ne sommes pas les auteurs de ce communiqué»?; ou encore : «je nexpose pas dans telle institution». Ces actes ont désapproprié leurs locuteurs, qui ont ainsi revendiqué, ironie suprême, de pas être des auteurs. Voici le piège à luvre. Seuls quelques-uns, alors, ont pu en rire, ce sont évidemment les instigateurs, les auteurs de la fiction, qui sont allés jusquau bout de lexpérience, sans rien dire. Même quand les noms de tel artiste, de tel critique, furent évoqués devant eux. Même quand tel ou tel curateur sest vanté de «très bien connaître lauteur des vrais-faux cartons» devant la bobine impavide de ceux qui savaient. Dans ces fausses informations se mesurait aussi ce que les instigateurs de l«affaire» avaient voulu montrer, cette rigidité dun milieu en réalité fortement hiérarchisé : comme de bien entendu, les auteurs devaient être légitimes aux yeux dun monde de lart persuadé quil ny avait quun «des leurs» qui soit assez informé pour que ces cartons paraissent véridiques. Il fallait que la fiction mise en place fonctionne comme un «jeu de société», où le coupable est toujours parmi nous, non un étranger. Mais dans cette théorie du complot endo-gamique manquaient certains acteurs au générique. Cette vision dun «sujet supposé savoir» dans le monde de lart adoptait un côté inquiétant par son absence douverture. Il aurait suffi de déplacer un tout petit peu le curseur, du côté de la musique peut-être, pour comprendre la fonction de lanonymat, avatar de «la mort de lauteur», au travail, par exemple, dans les fameux disques blancs des années 1990, fantômes électroniques gravés sans nom, sans information préalable, sans image. Mais pour cela, il eût fallu aussi que ce monde de lart ordonné, «à la française» accomplisse une autre torsion, qui aurait consisté à aller chercher de lart du côté des non-artistes, ou du moins de ceux qui, dans la chaîne de production de lart, nétaient pas encore identifiés comme tels. Il aurait fallu, peut-être, remonter comme le font à la fois Jean Clair et Thierry de Duve (deux spécialistes, pourtant opposés, de Marcel Duchamp) à la séparation très française entre les «beaux-arts» dun côté et les arts appliqués de lautre, celle-là remontant aux suites de la révolution de 1789, avec la création du musée du Louvre dun côté et du conservatoire des Arts et Métiers de lautre. Une histoire dencadrement Durant tout le XXe siècle, pourtant, la question des énoncés de lart sest singulièrement compliquée, grâce à des agencements proposant une fiction qui sort du cadre. Les auteurs, singulier ou pluriels, des cartons dinvitation sinscrivaient aussi, de façon plus consciente quon pouvait limaginer alors, au sein de pratiques artistiques plaçant au centre de leurs préoccupations la question de lauteur, de lobjet dart, de linstitution et du spectateur, de Marcel Duchamp, Manzoni ou Marcel Broodthaers à IFP, Matt Mullican ou Philippe Thomas qui, avec son agence les readymade appartiennent à tout le monde®, sétait proposé dintroduire «une coquille dans le texte de lhistoire de lart». Cette coquille, dans le travail de Philippe Thomas depuis 1981 jusquà sa mort en 1995, ne fut rien moins que lorganisation dun vaste théâtre en vue dune fiction écrite, future?; un théâtre où toutes les instances, artistes, critiques, journalistes, collectionneurs, commissaires, parlent dune voix qui nest pas la leur, leur signature permettant de devenir lun des narrateurs dune uvre auxquels ils attribuent leurs noms. Mais tout est écrit avant leur performance et la «présentation», à luvre dans chaque exposition, nest quune réitération, un «renversement de la temporalité de luvre dart, un «tout commence par la reproduction», qui se joue alors et constitue lassaut le plus rude au préjugé essentialiste des modernes».2 La fiction des cartons dinvitation a, à son tour, mis le doigt dans les rouages dune esthétique générale de larchive : on la vu, le carton dinvitation, véhicule dinformations, outil de com-munication, instrument publicitaire, sinscrit comme document pour servir à lhistoire de lart. Cest lun des emblèmes du tournant épistémo-logique, que représente «la mise en événement» des arts visuels, avec le déplacement continu des budgets de la culture vers la communication. Le carton dinvitation est même parvenu à phagocyter le discours interprétatif sur lart. Ainsi dans les revues spécialisées, notamment anglo-saxonnes, le volume des pages de publicité, affichant un empilement dimages reproduites de cartons dinvitation, a aujourdhui surpassé de loin le nombre des articles critiques. Dans cette logique libérale, le collectif de «laffaire des cartons» a donc prévu demblée la valorisation de ces envois, leur «devenir collector» en composant laffiche récapitulative. Le onzième envoi postal a donc donné aux cartons, tout en leur déniant par la repro-duction, le statut autographique dune uvre. Et le 11 septembre 2001 est arrivé. Les Twin Towers se sont effondrées, le mot «terrorisme» est venu qualifier laxe du mal, séparé de celui du bien, faisant en quelque sorte régresser linvocation nietzschéenne dans un monde binaire. «Laffaire des cartons piégés», titre léger sinon comique, se teinte aujourdhui dun sens plus macabre et cest peut-être pour cela que ses instigateurs, dans laprès-coup, ont voulu briser le secret bien gardé de lanonymat et se découvrir, dans les pages de cet ouvrage. Pour déminer le piège, sans doute. Mais aussi pour le recharger,
en «remonétiser la circulation», comme ils disent.
Autrement, pourquoi revenir sur cette affaire, sinon parce que les auteurs
eux-mêmes désirent en revendiquer la fabrication?? À
double titre, pour les prota-gonistes dUltralab? et de Labomatic?,
collectif dartistes et groupe de graphistes. Du côté
des seconds, cette histoire prouve leur compétence (la maîtrise
des outils et des règles qui régissent la composition de
ce genre de documents, démontrée ici par la discrétion,
voire linvisibilité dune quelconque «patte»
qui les ferait reconnaître). Pour le collectif dartistes,
elle formule rétrospectivement un projet commun, qui sest,
depuis, développé dans dautres médiums et sous
dautres formes. «Laffaire des cartons piégés»
voudrait ainsi désormais fonctionner comme une «carte de
visite», imprimée recto/verso, une face pour le graphisme,
une face pour lart. Dautant que ce nom reste collectif. Un groupe, ça laisse toujours du champ à limagination «Nous sommes tous des voleurs, nous sommes tous des juges», écrivait, en 1973, quelquun qui pouvait répondre au nom de Stefan Czerkinsky, dans un dialogue avec quelquun qui pouvait sappeler Gilles Deleuze : «Le discours de la peinture est déjà dans le Code Pénal, Civil, des Douanes, des Commissaires Priseurs, des professions libérales acheteuses, et dans le corps de tous.» 3 Élisabeth Lebovici
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