steph - interview

interview réalisée en mai 2002

LE COLLECTIF

Comment est né le collectif ?
En 1990 nous nous sommes regroupés avec Jerk et Ned parce que nous avions la même envie d'expression. Je voulais partager des choses avec des gens que j'aime. Nous avons donc décidé de réunir nos forces pour construire quelque chose à la fois ensemble et avec nos différences. C'était une sorte de pari.

Comment s'organise le collectif pour être cohérent tout en laissant à chacun la possibilité d'exprimer son style ?
Il faut pour cela beaucoup de dialogue et de compréhension. Il faut aussi savoir observer la vie des autres et leur désir d'expression afin de les critiquer positivement et de les faire avancer.

Quel est le concept qui vous rassemble ?
Ce n'est pas vraiment définissable, il s'agit plutôt d'une énergie commune, d'un lien universel. Ce qui est important, c'est de respecter les différences d'expérience de chacun et de savoir les mettre à profit. Ainsi il y a un apprentissage continuel pour les uns et les autres grâce au groupe.

Qu'est-ce qui vous différencie les uns des autres ?
Chacun est différent de par son histoire et ses expériences, qui lui confèrent un rôle. Nous avons tous des capacités et des envies différentes et il est important d'équilibrer le travail en fonction de cela.


LES ŒUVRES

D'où vient l'idée du détournement de la feuille de soins ?
L'idée est venue un peu par hasard au cours d'une discussion. C'était très spontané.

Comment l'idée a-t-elle évolué au fur et à mesure de la réalisation du projet ?
Plus les expositions avancent, plus notre travail évolue. Au fur et à mesure, on se recentre sur notre travail personnel. C'est comme au sein de la société lorsqu'on se retrouve seul face à soi, il faut faire un travail sur soi-même pour avancer. Et puis au fil du temps, on a aussi de plus en plus fait disparaître la feuille de soins comme trame de fond. Il fallait sortir de ce cadre parce que le travail serait devenu rébarbatif, mais le lien avec la feuille de soins est toujours là.

Par quelles formes d'art avez-vous été influencé et à quel mouvement pensez-vous vous apparenter ?
J'ai été influencé aussi bien par le graffiti que par le cubisme, en fait il s'agit plutôt d'influences multiples, de regards et de ressentis. Je m'intéresse aussi à l'art primitif. Mais je ne pense pas appartenir à un mouvement, j'ai mon style personnel.

La feuille de soins, qui est un support connu de tous, peut-elle servir de base commune d'expression pour toucher le public plus facilement ?
Oui, c'est un support très intéressant car il est commun et en même temps très personnel. Tout le monde reçoit la même feuille de soins mais une fois remplie par le médecin, elle est unique. Les gens peuvent donc plus facilement s'y reconnaître.

Qu'expriment vos œuvres et quel message cherchez-vous à transmettre ?
Mon message est universel, il n'est pas conscient. J'aime me laisser aller à ce qui vient, en gardant en trame de fond des notions qui m'intéressent comme le temps, la vie, la réincarnation. Par exemple, le fait d'avoir tel visage à tel moment détermine des choses dans notre vie mais ces visages sont comme des masques : notre réalité est ancrée plus profondément en nous. C'est pour moi le paradoxe de la vie.



LA RUE ET LE PUBLIC

Penses-tu que ce message soit perceptible par le public ?
Au fur et à mesure que je progresse dans les étapes de mon travail, la lecture de mes œuvres devient de plus en plus facile. Avec le temps, je pense aller de façon plus efficace vers ce que je souhaite représenter.

Pourquoi avoir choisi de s'implanter d'abord dans la rue par l'affichage et le collage ?
Nous voulons être accessible aux gens. En collant des stickers dans la rue, nous créons des images qui se promènent, rendant la démarche ludique. Nous vivons dans un monde de béton, qui n'est pas naturel, alors il faut donner des images aux gens.


L'EXPOSITION

Quel rôle sont censé jouer les kits de participation : pansements autocollants, carnet de santé et autres objets à emporter ?
Personnellement, j'ai beaucoup souffert dans les vernissages ou les musées quand j'étais jeune, parce que je n'avais pas d'argent et que rien n'était accessible. Nous voulons donc permettre aux gens qui n'en ont pas les moyens de repartir avec quelque chose de l'exposition.

A quelle date pensez-vous que les 109 feuilles de soins marquant l'achèvement du projet seront produites ?
Peut-être jamais ! Nous pourrions n'en produire que 108 pour que l'exposition ne s'arrête jamais !

Quels sont les projets de Sang 9 désormais ?
Oui, on va continuer avec d'autres expositions, avec nos partenaires. Nous pouvons aussi essayer de profiter de la structure pour monter des expositions personnelles.

Galerie Magda Danysz
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