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Jerk
- interview
interview
réalisée en mai 2002
LE
COLLECTIF
Comment
est né le collectif ?
J'ai créé 9e Concept en 1990, avec Steph, Ned et une quatrième personne,
nous avons décidé de travailler ensemble pour faire des choses qui nous
plaisaient, notamment des fresques. C'est grâce à Mike Sylla que nous
avons véritablement émergé. Il est propriétaire d'une boutique de vêtements
en cuir, nous avons réalisé de la peinture sur blousons pour lui, des
pièces uniques, le succès et la presse aidant. Cela nous a vraiment permis
d'éclore. Sang 9 est venu beaucoup plus tard, lors de la rencontre avec
Mambo.
Comment
s'organise le collectif pour être cohérent tout en laissant à chacun la
possibilité d'exprimer son style ?
Nous travaillons ensemble depuis un nombre d'années important, cela nous
a appris à respecter le travail des autres. Chacun a développé et assimilé
son style de son côté et ainsi nous avons pu nous ouvrir à d'autres gens
sans les brider.
Qu'est-ce
qui vous rassemble ?
Ce qui nous a réuni au départ, c'est la volonté de travailler sur le même
support. Au départ nous faisions des toiles à plusieurs, chacun en réalisant
une partie. Cela nous a permis d'apprendre à travailler ensemble.
Qu'est-ce
qui vous différencie les uns des autres ?
Nous sommes totalement différents : le caractère, l'origine, les horizons,
etc. Et c'est ce mélange, ce milkshake, qui fait la richesse du collectif.
Quel
rôle spécifique pensez-vous avoir au sein de 9e Concept ?
Au tout début, quand nous travaillions dans la pub, j'étais plutôt mis
en avant pour le côté illustrations, alors que Steph travaillait davantage
sur le relationnel et la mise en page. Aujourd'hui l'important réside
dans le fait que nous savons comment mettre en avant chacune de nos personnalités
dans le cadre d'un travail déterminé.
LES ŒUVRES
D'où
vient l'idée du détournement de la feuille de soins ?
On cherchait un support connu de tous, nous avions pensé au chéquier aussi,
mais la feuille de Sécu avait le bon format et des tons qui nous plaisaient.
Nous étions par ailleurs intéressés par ce qu'elle représente pour notre
société : elle évoque la maladie, les problèmes, elle exprime ainsi beaucoup
de choses. A cela s'ajoute le logo Cerfa qui nous plaisait, nous avons
gardé la même typographie, en remplaçant le nom par Sang 9.
Comment
l'idée a-t-elle évolué au fur et à mesure de la réalisation du projet
?
Après avoir déformé et " trituré " la feuille de soins, nous l'avons revisitée
à notre " sauce ". Au début tout était réalisé sur palette graphique,
nous scannions des feuilles de soins que nous gardions toujours en fond.
Maintenant ce n'est plus le cas. Le travail devenant redondant, la trame
de fond a été abandonnée et n'est plus que suggérée.
Par
quelles formes d'art avez-vous été influencé et à quel mouvement pensez-vous
vous apparenter ?
J'ai été influencé par le graff et par des artistes comme Speedy Graffito,
que j'ai bien connu. J'ai aussi gardé de l'univers de la bande dessinée
des références. Jeune, j'étais fou de BD, en particulier le genre Humanoïde
Associé. J'ai par ailleurs été influencé par la figuration libre ; et
c'est à ce mouvement que je m'apparente, le mélange BD-réalisme-graffiti.
La feuille
de soins, qui est un support connu de tous, peut-elle servir de base commune
d'expression pour toucher le public plus facilement ?
Oui tout à fait, la feuille de soins évoque quelque chose à tout le monde,
les gens s'y reconnaissent.
Qu'expriment
vos œuvres et quel message transmettent-elles ?
Les sujets de mes dessins sont très sociaux et urbains à la fois. C'est
comme une critique, un appel au secours parce que je me sens souvent noyé
dans cette société et dans la ville ; comme en prison dans la ville.
LA RUE ET LE PUBLIC
A qui
est destiné ce message ?
Il ne s'adresse à personne directement, ce n'est pas important que les
gens arrivent à lire ou comprendre ce message, d'ailleurs je ne leur donne
pas de repères francs. Mais certains détails transmettent un malaise et
ça, les gens le ressentent.
Quel
impact pensez-vous obtenir auprès du public ?
Le côté dur et nihiliste que j'ai en moi, je le transforme dans un art
léger en utilisant différents personnages ludiques, avec de grandes dents
par exemple. Je suis quelqu'un de très négatif et je le masque dans un
style enfantin, comme une grande BD. Cela permet d'atténuer un message
qui pourrait être perçu comme trop négatif et dès lors il passe mieux
auprès du public.
Pourquoi
avoir choisi de s'implanter d'abord dans la rue par l'affichage et le
collage ?
La rue, c'est nos débuts. Nous avons commencé du côté de la Petite Ceinture,
dans les gares abandonnées, il y avait des murs entiers sur lesquels nous
faisions des graffitis. Puis nous sommes passé aux stickers, nous avons
été les précurseurs de cette pratique. Nous en collions partout dans Paris.
Est-ce
une façon de diversifier les moyens pour arriver à une culture pour tous
?
Oui, la plus grande galerie, c'est la rue. Les graffeurs ne recouvrent
pas des murs juste pour eux, c'est pour tous les gens qui passent, pour
toucher tous les styles de personne.
L'EXPOSITION
Quel
rôle sont censé jouer les kits de participation (pansements autocollants
et autres stickers) dans l'exposition ?
Le but est que tout le monde reparte avec quelque chose. Les gens vont
voir des expositions mais les œuvres restent pour nombre d'entre eux inaccessibles.
Pour cette exposition, le public est un peu plus jeune, aime l'art mais
n'a pas les moyens de se l'offrir. Alors les stickers leur permettent
de garder une trace.
A quelle
date pensez-vous que les 109 feuilles de soins marquant l'achèvement du
projet seront produites ?
Nous en avions 66 avant l'exposition de la Galerie Magda Danysz, maintenant
il n'en reste plus qu'une quinzaine à réaliser.
Qu'allez-vous
en faire ?
Nous voulons en faire un livre qui retrace les différentes expositions,
avec aussi toutes les photos d'ateliers, d'installation, de préparation.
Quels
sont les projets de Sang 9 désormais ?
Le projet évolue en permanence. Ici à la galerie, c'est encore une nouvelle
facette de Sang 9, avec de nouvelles séries. Le projet est de faire tourner
l'exposition en province et pourquoi pas à l'étranger, en Suisse, en Allemagne,
etc. Arriveront sûrement de nouveaux projets aussi, on continue ensemble.
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