Philippe Huart

actu:
mars 2006: exposition les nouveaux Pop au Musée de la Seyne sur Mer
24 au 28 février, 2005:
art rotterdam, rotterdam
27 au 31 janvier, 2005:
arte fiera, Bologne, Italie

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interview
réalisée par E. Monsinjon en 2000

Comment décririez-vous votre travail sur les Trademarks ?
Je suis parti des marques qui sont présentes partout. Je ne voulais pas reprendre uniquement les marques pour elles-mêmes ou pour ce qu'elles représentent mais les fractionner et les travailler en peinture gestuelle.

Dans quel sens avez-vous évolué depuis cette dernière série ?
Avec les Trademarks, les marques étaient devenues le sujet principal des œuvres. Dans ma nouvelle série, les marques restent mais sont moins reconnaissables : elles sont encore plus fragmentées.

Comment procédez-vous dans la composition de vos oeuvres ?
Mon instrument de base est la photo, je me promène toujours aux Etats-Unis avec mon appareil à la main. Il y a aux Etats-Unis un aspect essentiel que l'on retrouve moins ici, il s'agit de l'aspect graphique. Là-bas, je fais beaucoup de photos, alors qu'à Paris je ne trouve presque rien. Les photos que je prends sont déjà des fragments, je les garde jusqu'à ce qu'une idée de toile me vienne, alors je reprends des extraits de ces fragments.

Et ensuite, comment associez-vous les différents fragments d'une toile ?
Parfois c'est le hasard qui fait l'association, d'autres fois la combinaison résulte d'une association d'idées, il y a tout un cheminement dans le processus créatif. Ce qui me plaît, c'est l'image. Raconter une histoire ne m'intéresse pas, donc je prends uniquement ce qui m'attire et après les fragments s'assemblent comme par magie. Dans cette série, j'associe souvent des panneaux de circulation taggés ou à moitié détruits avec d'autres éléments.

Pour l'œuvre Out, par exemple, comment l'avez-vous conçu ?
A la base, je voulais peindre un œil. J'ai retrouvé une photo d'une inscription " PENNY STORE ". J'en ai choisi un fragment, " TORE ", qui avait une forme graphique intéressante. Et puis en cherchant, je me suis aperçu qu'en anglais le verbe tear out, qui signifie pleurer à chaudes larmes, donne tore out au passé. J'ai donc décidé de combiner l'œil avec le fragment " TORE " et d'y ajouter le mot out. Ici il y a eu un véritable cheminement, comme un jeu. Déjà avec les Trademarks j'avais eu l'idée de composer des phrases avec des fragments de mots, en donnant ainsi un sens caché à la toile.

Vos toiles résultent-elles plus d'un processus réfléchi ou d'improvisation ?
L'improvisation apparaît par le hasard des taches et des couleurs. Lorsque je tache une toile, je ne l'efface pas tout de suite, j'essaie de voir si elle ne peut pas s'intégrer à l'œuvre. Il en est de même pour les couleurs que j'applique. Je ne souhaite plus reproduire des éléments directement, je sais que j'en suis techniquement capable et le sujet ne m'intéresse pas donc je ne veux pas rester dans un cadre si rigide et figé. Si je trouve que ma toile est trop réaliste, je la " sabote " pour casser cet excès de réalisme.

C'est pour cela que vous rajoutez des tags ?
Oui, avec le tag, c'est vraiment de l'improvisation alors que le reste du processus d'élaboration d'une toile est plus lent. Et je trouve que le graffiti représente vraiment l'art contemporain. Il y a un côté instinctif qui me plaît. Aux Etats-Unis il y a aussi un phénomène intéressant : quand des panneaux de circulation sont taggés, ils ne cherchent pas à les effacer comme on le fait en France mais ils les recouvrent de peinture grise au pinceau large. Donc on voit parfois des panneaux complètements abstraits, par exemple à Los Angeles dans des petites rues. Justement certaines de vos toiles ont des noms de rues américaines.

Comment choisissez-vous les noms de vos oeuvres ?
Certains noms sont en effet ceux de rues de Los Angeles. D'autres me viennent de chansons. Je peins en écoutant de la musique, donc parfois j'entends une phrase ou un titre de chanson qui me semble correspondre à l'œuvre que je suis en train de faire. Cela m'inspire pour des textes à inscrire sur une toile ou pour un titre d'œuvre.

Et le nom de la série ?
Cette série s'intitule Résonance. Déjà parce que mes œuvres sont la résonance de ce que j'ai vu aux Etats-Unis dans la mesure où j'ai photographié des choses là-bas, je les ai stockées puis ressorties et exploitées. Et puis le nom de Résonance correspond aussi à mon souhait de lier la musique et la peinture. J'ai prévu d'intégrer de la musique pendant ma prochaine exposition personnelle.

Quel lien faites-vous entre la musique et la peinture ?
Lorsqu'on entend une musique, on retient généralement toujours les mêmes passages, j'ai donc extrait des passages de musiques, tout comme je fragmente des éléments. Je souhaite rassembler des sons correspondant au concept de résonance, et des extraits de chansons. C'est un assemblage, comme dans mes toiles. Mon objectif est de pouvoir associer chacune de mes toiles à une musique particulière. Mais, alors que je sais peindre une toile à partir d'une inspiration musicale, j'ai plus de mal à faire le processus inverse, c'est-à-dire trouver une musique correspondant à une toile. C'est pourquoi je travaille en collaboration avec un ingénieur du son.

Vous semblez attaché à certaines couleurs, notamment le bleu, le blanc et le rouge mais également du vert et du orange dans les dernières toiles. Pourquoi ce choix de couleurs ?
Souvent je garde la couleur d'origine des éléments qui m'ont inspiré. Ce sont souvent des couleurs basiques, c'est vrai. Et parfois des contrastes entre des couleurs vives. De plus en plus je prends des photos en noir et blanc, ce qui me permet de ne pas être influencé par les couleurs et de faire mon propre choix.

On peut remarquer l'utilisation de la technique du point pour des fragments de visage. Cela vous vient du pop art ?
Oui, cela vient directement du pop art. C'est un véritable exercice technique, chaque point est différent des autres. Pour la préparation, j'utilise l'ordinateur pour passer la photo en noir et blanc et ajouter une trame de point.

Pensez-vous pouvoir être classé dans le mouvement artistique pop art ?
Chaque mouvement appartient à une époque donc moi je suis arrivé plus tard et je m'en suis inspiré. Les artistes du pop art venaient pour la plupart comme moi de la pub et avaient une formation graphique donc mon regard est naturellement proche du leur, parlons donc aujourd'hui d'Acid Pop.

Quand pensez-vous finir cette série ?
Lorsqu'une série se termine, je le sens. La série des Trademarks n'est pas finie, j'ai encore quelques idées. Pour la série Résonance, j'ai déjà réalisé une quinzaine d'œuvres et j'en ai plusieurs en tête. Mais de toutes façons je reste tributaire des photos dont je dispose pour m'inspirer.

 

 

 

 

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